Gratuit pour les adhérents A3P
Présenté par Julien DELEARDE - GXP Design
Pourquoi les systèmes qualité pharmaceutiques butent encore sur l’humain ?
Malgré desinvestissements significatifs, des outils digitaux, des procédures ultra-détaillées et des formations / resensibilisation, l’industrie pharmaceutique se heurte encore à des problèmes récurrents : retards de libération, backlog de CAPA/change control, non-respect des règles d’hygiène, données mal enregistrées, erreurs humaines.... Les risques sont souvent sous-estimés, et les process non adoptés par les collaborateurs.
La dimension non traitée? Le comportement. Les erreurs humaines restent la première cause de non-conformités. Les nouveaux outils digitaux ? Peu ou mal utilisés. Les programmes de culture qualité ? Trop souvent théoriques, cherchant uniquement à convaincre et sensibiliser. Une étude interne chez un géant du secteur a révélé un chiffre frappant : 25% des déviations ont une cause purement comportementale, tandis que presque aucun plan d’action (93 % !) ne s’attaque à cette racine. Les régulateurs, comme la FDA, ont d’ailleurs lancé des initiatives (comme le QMM) pour encourager les labos à mieux intégrer cette dimension. Le message est clair : un bon système qualité, ce n’est pas que des cases à cocher, c’est aussi une question d’adhésion et d’application sur le terrain.
Et si on s’inspirait d’ailleurs ? Depuis 20 ans, d’autres secteurs ont révolutionné leurs pratiques grâce aux sciences comportementales. L’économie comportementale (prix Nobel(s) à l’appui), le digital (avec le UX design (User Experience)) ou encore la sécurité industrielle (avec des méthodes comme le HOP Human & Operational Performance) ont montré comment décrypter nos biais cognitifs, nos automatismes, et prédire et modélisé l’écart entre ce qu’on veut faire et ce qu’on fait vraiment (Intention/Action gap). Ces domaines se sont appuyés sur des disciplines comme la psychologie sociale ou les sciences cognitives permettent de concevoir, prédire et mesurer scientifiquement ce qui agit efficacement (ou pas) pour faire évoluer les comportements.
Concrètement, pour le pharma ? Ces approches, aujourd’hui matures, peuvent être greffées aux systèmes qualité existants. Elles aident à repérer des freins invisibles aux méthodes classiques (type 5M ou diagramme d’Ishikawa) : pourquoi un opérateur décide (consciemment ou non) de zapper une étape de production ? Quel mécanisme va faire décider de prioriser une action vs une autre? Pourquoi une procédure, pourtant claire, n’est pas appliquée ? En mesurant l'experience des collaborateurs, on peut comprendre leur mécanismes décisionnels (biais? Conception du process? Conception de l'organisation? Persuasion? incohérence....), puis concevoir des processus plus fluides, plus naturels, sans friction et parfaitement intégrés à l'experience des collaborateurs
Julien DELEARDE est un industriel du secteur pharmaceutique avec 20 ans d'expérience. Ingénieur de formation, il a développé une innovation en qualité intégrant les sciences comportementales, aujourd'hui déployée par plusieurs groupes pharmaceutiques internationaux. Diplômé d'un Executive Master en Behavioural Science de la London School of Economics (LSE), il y a conduit des travaux de recherche ayant contribué à valider académiquement cette approche.